Mon arrivée au Japon

Perdue dans les corridors de l’aéroport international d’Osaka et accablée par le décalage horaire, je me suis soudainement rendu compte que j’étais devenue analphabète.

Nouvellement diplômée de l’Université de Toronto en Lettres, je n’avais pas l’habitude de ne pas pouvoir déchiffrer de simples écriteaux. Incapable de trouver un emploi à la fin de mes études quelques mois plus tôt, la perspective du chômage, qui m’avait incitée à m’expatrier à l’autre bout du monde pour trouver du travail, me semblait ce jour-là bien moins terrifiante. Si seulement j’y avais pensé avant de signer le contrat et de m’engager à travailler pendant une année complète comme professeur d’anglais langue seconde dans ce pays lointain…

J’étais partie la joie au cœur, alors que mes parents et mon frère aîné, venus m’accompagner à l’aéroport, avaient les larmes aux yeux. Je leur semblais peut-être bien brave, mais j’avoue m’être réveillée en sursaut plusieurs fois dans les jours précédant mon départ, me demandant dans quoi je m’étais embarquée. En plus, j’avais lu dans Lonely Planet que la ville où j’avais décidé de m’installer ne valait pas le détour! Étant une citadine, je me demandais si je trouverais de quoi m’occuper dans cette ville « de province ».

Rien à faire dans une société complètement différente? Il est évident que je n’avais jamais vécu à l’étranger.

À l’aéroport, je me suis frayé un chemin dans une mer de visages aux traits japonais, assourdie par des paroles que je ne comprenais pas. Comment avais-je pu me lancer dans cette aventure sans prendre une seule leçon de japonais? Comment pourrais-je me débrouiller avec les trois seuls mots que je connaissais : bonjour, au revoir et merci? Heureusement, le personnel de l’aéroport parlait anglais et m’a aidée à acheter un billet d’autobus pour me rendre à ma destination : la ville de Yonago, dans la préfecture de Tottori. Ils m’ont même accompagnée jusqu’à mon siège dans l’autobus qui devait m’amener à Yonago, à quatre heures de route de là.

Je me suis laissée bercer par le bruit du moteur, et quand je me suis réveillée l’autobus était arrêté.Il faisait très sombre dehors; seuls quelques lampadaires éclairaient le terrain de stationnement en face d’un dépanneur en apparence désert. À moitié endormie, j’ai rassemblé mes bagages et me suis rendue tant bien que mal à l’avant de l’autobus. Une fois rendue à la porte, j’ai remarqué que personne d’autre que moi ne se préparait à descendre. La plupart des autres passagers dormaient. D’autres écrivaient des textos au moyen de téléphones portables qui me semblaient venus directement du futur. (Nous étions en 2003. Je n’avais jamais possédé de téléphone portable avant de déménager au Japon.) J’ai jeté un coup d’œil dehors et vu que personne ne m’attendait. Mauvais signe. Et si je m’étais trompée d’arrêt ou, pire encore, d’autobus? Si je descendais, serais-je coincée ici, incapable d’expliquer qui j’étais et où je voulais aller?

Prise de panique, je me suis tournée vers le chauffeur : « Yonago? Yonago? » Je criais presque, prenant soudainement conscience de mon incapacité de communiquer. Le chauffeur secoua vivement la tête et je suis retournée à ma place, épuisée, gênée, mais soulagée d’avoir évité une situation qui aurait pu être problématique. J’ai aussi été prise d’un étrange sentiment de fierté. Si je m’étais rendue jusque là (et avais évité cette mini catastrophe), j’avais confiance de pouvoir survivre à la prochaine année. En fait, mon séjour au Japon n’a pas duré une année, mais plutôt quatre… Mais c’est une autre histoire.

 

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